IDENTITES LINGUISTIQUES  et OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE

IDENTITES LINGUISTIQUES et OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE

Le concept de développement durable peut-il s’appliquer aux  diversités linguistiques locales? Etant donné que la langue est porteuse de valeurs et d’identités culturelles, la représentation culturelle du mot prend tout son sens quand il s’exprime le mieux en langue locale. D’autre part, plusieurs projets de développement et humanitaire sont menés sans succès depuis des décennies dans certaines localités extrêmement pauvres.

On s’est posé la question de savoir si la cause pourrait être les mauvaises transcriptions  en langues locales des concepts liés aux développement. Bien plus,dans la mesure où il existe un dictionnaire du développement durable en français[1], ne pourrait t-on pas envisager des dictionnaires de développement en langues locales Africaines ? Dans la ville de Kampala, les observations ont montré que la plupart des populations actives n’utilisent l’anglais et les langues étrangères (comme le français) que pour le  travail (parfois ces langues  locales sont employées même dans les services publiques), d’où l’importance critique de les familiariser aux notions de développement dans ces langues locales.

Méthode

La micro-simulation  s’appuie sur quatre langues locales identifiées parmi  des apprenants de FLE [2]  de l’Université de Makerere .Le thème portait sur le rôle de l’OIF dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD) dans une perspective locale Ougandaise.L’intérêt des apprenants pour la langue française  exigeait une compréhension de la place que joue l’OIF dans le développement de leurs régions.

Les données ont été collectées au travers d’une grille de question demandant aux 12 apprenants de donner dans leur langue locale la transcription des termes « Objectifs », « Développement » et « Durable ». Répartie par groupes selon les identités linguistiques, les apprenants devaient s’accorder sur la transcription la plus proche possible de ces termes en leur langue maternelle. Les réponses devaient ensuite être écrite au tableau afin de comparer les transcriptions et en établir la cohérence avec le concept d’ODD.

Résultats

id et Odd2

Les quatre langues représentées étaient : Le Luganda,Le Lango,Le Runyankole et le  Runyarwanda. Les apprenants du groupe Runyarwanda n’ont pas pu trouver de transcription pour le mot « objectif » tandis que le terme  « durable » n’a pas pu être transcrit par le groupe Lango. Dans les quatre cas, le mot « Développement » avait pu être transcrit.

Analyses et interprétations

Comme le montre la photo  ci-dessus, l’expression ODD n’a de  transcription complète que pour 50%  des langues représentées : le Luganda et le Runyarwanda. Sachant que la langue est le reflet des valeurs et des identités culturelles, on aimerait pouvoir rendre accessible tout le lexique[3] de développement en  toutes ces langues locales.

Bien plus, on voudrait que ce lexique soit disponible dans la multitude dans langues Sub-Sahariennes,  afin que le concept d’ODD [4] soit plus adapté au contexte global de développement actuel et mieux expressive des représentations locales de la notion de développement , pour ainsi contribuer à faire des populations locales Sub-Sahariennes des acteurs de développement de leur propre région.

Cet micro-simulation mériterait d’être approfondie afin d’être représentative des langues  des communautés qui ont besoin de développement.

 On doit quand même prendre avec beaucoup de recul les résultats de la transcription des apprenants car n’ayant pas affaire à des experts en la matière. On doit aussi considérer la taille réduite des langues qui ne représente pas la totalité des langues du pays  et encore moins de la sous-région Afrique Sub-Saharienne.

C’est un excellent moyen de questionner les raisons pour lesquelles les ODD n’inclut pas la diversité culturelle linguistique comme l’un de ses objectifs.

Conclusion

Selon le  rapport du PNUD (2015) , l’Afrique Sub-Saharienne compte la plus grande proportion des communautés pauvres s’élevant à près de 70 millions de personnes.La plupart se retrouve parmi ces groupes linguistiques minoritaires dont la représentation du concept de développement  est souvent limitée à des soutiens financiers et des dons.Cette micro- étude montre bien que la notion d’ODD n’intègre pas la totalité de la diversité linguistique Sub-Saharienne et  pousse à  attirer l’attention pour  réviser et enrichir le lexique de développement  dans les langues minoritaires, et d’autre part, à reformuler et produire des textes de développement dans ces langues.

Hervé-Boris NGATE,Psychologue/Formateur de Langues et de Cross-Culture

[1] Pierre Jacquemont (2015). Le dictionnaire du développement durable. Sciences humaines éditions. Auxerre. Disponible sur http://editions.scienceshumaines.com/le-dictionnaire-du-developpement-durable_fr-567.htm

[2] FRB 2202: Intermediate Social Study and Language use through the Francophone Community, Février-Juin 2016.

[3] Voire Jacquemont(2015)

[4] Lors de la conférence donnée le 28 octobre 2015 par Pierre Jacquemont, il affirmait qu’une des limites des ODD est l’absence de la dimension culturelle. Suivez en intégralité la conférence sur https://www.youtube.com/watch?v=6KwauGmaCEA

Retrouver les ODD sur http://www.objectif2030.org/ et inscrivez-vous pour la formation en ligne gratuite du mois de novembre 2016.

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